Épisode 15 : Lorsque le trauma s'invite en coaching ...
- Fabiola Ortiz

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Ceci est une retranscription traduite de l'épisode de podcast 15 Lorsque le trauma s'invite en coaching ... publié le 6 juillet 2026
Fabiola Ortiz (FO) : Bonjour à vous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast : Je résiste, donc existe. Je résiste, donc existe. Le podcast qui met à l'honneur les actes de résistance face à l'adversité et face aux discours qui nous limitent.
Je suis ravie de vous retrouver, surtout après plusieurs mois d'absence sur ce podcast. Je partageais mon énergie avec d'autres projets qui sont dans le pipe. En tout cas, je ne voulais pas laisser passer l'été sans reconnecter avec vous et vous donner quelques nouvelles. Aujourd'hui, on va parler du trauma et comment le trauma, parfois, s'invite dans nos séances de coaching. Qu'est-ce qu'on peut faire quand c'est le cas ? Et puis, comment on peut, au D'ailleurs, on aurait la singularité et les compétences de la personne qu'on accompagne ? Je vous retrouve tout de suite pour un nouvel épisode. Le trauma a souvent été limité à un domaine médical ou psychologique. Pourquoi en coaching, on parlerait de trauma ? Tout simplement parce que le trauma s'invite dans toutes les sphères de la vie. En Pratiques Narratives, on travaille en explorant la richesse identitaire. Et effectivement, des fois, derrière des sujets qui sont relativement simples, professionnels, en apparence, se cachent des problématiques qui sont beaucoup plus profondes.
Je vais vous donner un exemple parce que ça m'est arrivé beaucoup dans ma pratique. J'ai souvent accompagné des femmes sur des sujets de confiance en soi, de leadership, même de prise de parole en public. Quand on explore comment se présentent ces freins et ces problèmes dans la vie, même comment ces effets s'expriment dans la vie professionnelle, souvent, il m'est arrivé qu'on me dise : En fait, je pense que c'est un sentiment de honte. Et si on creuse, la honte, parfois, vient de l'abus sexuel vécu pendant l'enfance. Et je pense que les personnes se confient facilement à moi parce que je suis moi-même une survivante. Et même si je ne le dis pas, je pense que ces choses, on les sent. Et donc, il m'est arrivé que des femmes se confient à moi sur ce sujet. Parfois aussi des ou sur d'autres types de traumatismes. Ça ne veut pas dire qu'on va traiter le traumatisme en coaching. Ça veut dire qu'on va traiter certains des effets : Pourquoi je ne peux pas m'exprimer en public ? Pourquoi j'ai tellement de mal à m'affirmer ? Parfois, c'est un effet du trauma. Et ça, ça fait partie de l'objectif de coaching qu'on veut adresser.
Ce qui est intéressant avec les pratiques narratives, c'est qu'on ne va jamais revenir sur les faits. C'est pour ça que je pense que c'est un outil précieux aussi, une posture précieuse pour d'autres types d'accompagnement. Déjà, commençons par définir ce qu'est le trauma. J'aime beaucoup les travaux de Gabor Mate à ce sujet où il décrit, il prend la métaphore d'une blessure. Il dit que le trauma, ce n'est pas quelque chose qui vous est arrivé. Les faits en eux-mêmes ne sont pas traumatiques, c'est l'expérience que vous avez faite. C'est pour ça qu'il y a des personnes qui ont vécu des choses qui, en apparence, peut-être, ne sont pas très graves ou aux yeux d'autres personnes ne sont pas très graves et pourtant, sont à l'origine d'un traumatisme profond. Et l'inverse des personnes qui vont très bien après avoir vécu des faits que l'on considère quand même très graves. Donc, j'aime bien la métaphore de Gabor Mate qui dit : Le traumatisme, c'est comme une blessure et c'est comme une blessure qui reste ouverte. Donc, parfois, on peut mettre plein de bandages pour essayer de ne pas la sentir, mais elle est là et elle continue à être ouverte.
Donc, le traumatisme se vit au moment présent. Ce n'est pas quelque chose qu'on a simplement laissé dans le passé. On reprend une vie normale, on va dire une vie qui est assez fluide. C'est intéressant aussi comment il évolue et l'évoque dans cette métaphore. À un moment, il évolue en me disant : OK, il y a une cicatrice, mais le tissu cicatriciel, sa caractéristique, c'est qu'il n'évolue pas, qu'il est rigide, qu'il n'est pas adaptable. Donc, ça aussi, ça peut être des effets de l'abus ou du traumatisme en général. La bonne nouvelle, c'est que cette blessure, on peut la traiter, ce tissu cicatriciel, on peut le traiter. Comme je disais, en coaching, on ne va pas traiter directement le trauma. Ça, on va le réserver au domaine médical ou psychologique. Mais on peut honorer les compétences de la personne. Comment elle a fait ? Honorer la résilience. C'est ça qu'on va faire avec les Pratiques Narratives et qui est un outil Aussi, formidable parce qu'on honore les compétences de la personne.
Ce qui est compliqué avec le trauma aussi, c'est qu'il touche à la mémoire, à la façon dont on intègre l'histoire qu'on a vécue. On parle beaucoup de mémoire traumatique dans le sens aussi où il y a des moments éventuellement d'amnésie.
Aussi, un encodage des souvenirs qui se fait différemment, qui se fait de façon fragmentée.
C'est-à-dire que parfois, ce sont des souvenirs qui sont privés de récit. Ils ne s'organisent pas dans une histoire, dans un fil narratif cohérent et articulé. Il est intéressant aussi de savoir, je ne vais pas trop rentrer dans le détail, qu'il y a des centres transitoires de mémoire court terme, d'une mémoire perceptive. Normalement, nos souvenirs autobiographiques y vont dans la mémoire long terme. Dans le cas du trauma, il y a des souvenirs qui restent dans des centres provisoires, comme s'ils n'étaient pas encodés, mais ils sont incarnés dans notre corps et dans la mémoire de perception. C'est ce qui fait que, par exemple, il y a des flashbacks. Il y a des moments où il y a des flashbacks qui viennent de nulle part et qui se vivent au moment présent comme si on y était. C'est ça aussi qui est très inconfortable avec le traumatisme, qui se vit au moment présent. Traditionnellement, certains courants thérapeutiques ont parlé de : Il faut en parler. Le traumatisme, justement, comme il n'est pas verbalisé, il faut en parler et en parler. C'est comme si quelque chose était bloqué. La façon de le débloquer, c'était de le verbaliser, puisque c'est une façon de se positionner aussi dans le trauma.
Le problème de ça, et on l'a constaté, c'est que ça retraumatise la personne. C'est-à-dire que ça la fait plonger dans une expérience où elle est très connectée à un sentiment d'impuissance. Il y a aussi le fait que qu'elle est reconnectée à un certain environnement avec des sons, avec une expérience et qu'on a découvert que ça renforce une trace dans la mémoire, ce qu'on appelle une trace mnésique. Donc, on va presque renforcer les souvenirs du trauma. Ce n'est pas du tout ce qu'on fait déjà en coaching, mais ce n'est pas du tout ce qu'on fait non plus en pratiques narratives. Dans les pratiques narratives, d'ailleurs, que ce soit en coaching ou en thérapie, on ne va jamais revenir sur les faits. On ne va jamais demander à la personne de re-raconter ce qui s'est passé. On va plutôt travailler sur les résistances, les compétences et j'y reviendrai. Là, j'ai envie de faire aussi une parenthèse par rapport à l'abus sexuel vécu pendant l'enfance. C'est un sujet qui me tient à cœur. C'est un sujet sur lequel je suis en train d'écrire un livre. C'est un peu la porte d'entrée que j'ai souvent eue dans le coaching où ce trauma s'est invité et ce trauma qui envahit énormément de domaines de vie.
Donc, l'abus sexuel des enfants, qui malheureusement est d'actualité et on commence à mesurer l'étendue du fléau. Presque, il y a l'autre extrême, il ne faut jamais en parler. Les survivants de ce trauma particulier sont souvent cloîtrés dans le secret, cloîtrés dans le silence. La société tout entière conspire un peu pour maintenir ce silence. L'inceste, l'abus sexuel pendant l'enfance, c'est quelque chose dont on ne veut pas parler. Donc, quelle est la solution quand le trauma s'invite dans nos séances de coaching ? Qu'est-ce qu'on peut faire si on dit : On ne peut pas en parler, mais si la personne veut en parler, on ne va pas à nouveau la rejeter et la renvoyer dans son silence. Donc, on va aller dans une troisième voie qui est proposée par les pratiques narratives. On va parler à partir d'un autre angle. On va parler à partir de notre richesse identitaire, à partir de nos valeurs incarnées. Notamment, par exemple, qu'est-ce qui fait que tous les jours, tu te lèves ? Qu'est-ce qui fait que tu as une vie, on va dire, fonctionnelle ou que tu t'es reconnecté à un sens de la vie, à un sens de la résilience ? Comment tu as fait pour surmonter ça ?
Comment tu fais tous les jours pour gérer les effets qu'elle a eus dans ta vie ? Je vais vous parler de mon expérience. Ayant été abusée sexuellement par un membre de ma famille à l'âge de 5 ans, c'est très, très difficile et c'est un secret qu'on porte ou que j'ai porté avec beaucoup de honte. Donc, c'est très difficile d'en parler, non seulement parce qu'il y a une injonction un peu sociétale, déjà l'injonction du prédateur et une injonction sociétale à ne pas en parler, mais aussi parce que dans mon cas, c'était un peu... Si je n'en parle pas, si cette histoire est suffisamment enterrée, c'est comme si elle n'avait jamais existé. Peut-être que je peux la faire disparaître. C'est un peu une fantaisie. Un peu comme les enfants qui disent : Faisons comme si. Dans mon cas, je me disais : Oui, faisons comme si cela n'avait jamais existé, si je n'en parle jamais et que si je fais comme si ça n'avait jamais existé, peut-être que je pourrais la faire disparaître Mais le fait est que, je suis arrivée aussi à la conclusion que le trauma, la honte, les effets du trauma envahissent beaucoup de sphères de notre vie.
Je ne dis pas que c'est tout le temps le cas, mais c'est mon expérience et je sais que c'est l'expérience de beaucoup de femmes. C'est-à-dire que parfois, il y a des effets du trauma sur lesquels elles n'avaient même pas fait le lien entre le trauma et une difficulté qu'elles étaient en train d'exprimer. Je vous donne un exemple. Dans mon cas, c'était un un sens de honte, un sens de toujours devoir me forcer à une espèce de perfection, comme une injonction de soi-parfaite que j'ai incarnée. Je ne l'avais pas du tout associée à l'expérience de l'abus. C'est là que, aussi, quand on voit des effets de l'abus, même, où on ne les attend pas, je me suis dit: C'est important que j'en parle. C'est l'expérience que j'ai eue aussi dans le coaching. Il y a des personnes qui ont envie d'en parler dans un environnement sécurisé et dans un environnement qui ne soit pas forcément médicalisé ou psychologique.
Pourquoi ?
Je ne sais pas. Peut peut-être, et ça, c'est une hypothèse que j'aimais aussi, c'est qu'il y a des discours dominants dans le monde médicalisé sur l'abus, des discours qui sont de l'ordre un petit peu Je parle des femmes parce que la plupart des survivantes sont des femmes, qu'une femme abusée, c'est une femme qui a été brisée et que quelque elle le sera brisé, elle sera brisée pour toujours. Et ça, ce n'est pas vrai. On n'est pas brisé, on est des survivantes. J'aime beaucoup l'image du kintsugi. J'ai fait un voyage au Japon. C'était un de mes projets de cette année et j'adore la culture japonaise. Et une des choses très, très belles, c'est leur approche à l'imperfection. Et notamment, il y a une forme d'art qui s'appelle le kintsugi. Et le kintsugi, c'est l'art de réparer de la porcelaine brisée. Et dans cette démarche, il n'y a pas du tout une démarche de coller les morceaux et de dissimuler les brisures. Bien au contraire, les brisures, elles sont rehaussées avec de l'or parce que ça témoigne du parcours de cette porcelaine, ça témoigne de son chemin et de la beauté de son imperfection. Je crois beaucoup à ça.
Aujourd'hui, je me dis que ces cicatrices, je les porte, je Je les porte aujourd'hui visibles et je les porte avec fierté. Elles font partie de la beauté biscornue de qui je suis. Le trauma, dans mon cas, a été très difficile. Il n'a pas été le seul et ça m'a construit pour le meilleur et pour le pire. Donc, ce discours dominant où une femme a été brisée, je n'y adhère absolument pas. Il y a aussi parfois le discours de la maladie mentale. Dans une société qui a souvent fermé les yeux face au fléau de l'inceste de l'abus sexuel des enfants. Et peut-être, je ne vais pas approfondir ce sujet ici, parce que ce serait très long. Mais le constat est que la société a fermé les yeux face à ce fléau qui frappe les enfants. La maladie mentale a souvent été instrumentalisée pour faire sentir à des femmes qui ont subi d'ailleurs de la violence sexuelle dans l'enfance ou à un autre moment, pour leur faire croire qu’elles sont le problème. Il y a eu une étude très intéressante de la docteur Jessica Taylor et je mettrais en pied de page la référence, en retranscription, la référence de cette étude.[1]
Une étude qui a été menée dans le Royaume-Uni sur un échantillon de femmes qui, après l'abus sexuel, ont cherché l'aide thérapeutique parce qu'elles voulaient être accompagnées après le traumatisme, sur les effets qui avaient provoqué ce traumatisme et qu'elles ont reçu des réponses très, très inadaptées, qui n'honoraient même pas leur expérience face au traumatisme qui étaient simplement focalisées sur les effets, comme si elles étaient des malades mentales. Et souvent, elles se rebellaient en disant : « Mais je ne suis pas folle ! Certes, j'ai des épisodes, par exemple, de dépression ou d'anxiété parce que je suis traumatisée. »
Et pourtant, le système mettait plutôt une étiquette ou se focalisait plutôt sur, entre guillemets, la maladie de cette personne. Donc, ce que disaient ces femmes, c'est qu'elles n'étaient pas écoutées dans les effets de l'abus et qu'elles étaient diagnostiquées et que parfois, et c'est terrible, elles avaient dû accepter un diagnostic avec lesquelles elle n'était absolument pas d'accord parce que sinon, elle ne pouvait pas avoir accès à de l'aide thérapeutique. Donc, c'est quand même d'une grande violence. Est-ce que c'est une hypothèse ? Est-ce que c'est une des raisons pour lesquelles certaines personnes, et notamment des femmes, cherchent d'autres instances et d'autres espaces sécurisés pour parler de leur abus ?
Alors, qu'est-ce qu'on peut faire quand une expérience traumatique, comme par exemple l'abus sexuel vécu pendant l'enfance, s'invite dans nos séances ? Et ceci, souvent, est en parallèle avec une thérapie que la personne suit. Mais le fait est, c'est qu'on est en séance avec une personne et peut-être en tant qu'accompagnant, vous pouvez être un petit peu désarmé sur comment vous pouvez réagir quand quelqu'un se confie à vous sur un sujet comme ça. Donc, ici, j'aimerais explorer deux pistes narratives. Je vais essayer de le faire d'une façon assez explicative parce que je sais qu'il y a des personnes qui sont Praticiens Narratifs, qui écoutent ce podcast, où il y a des personnes qui sont particuliers ou des personnes qui accompagnent avec d'autres approches. Donc, je vais essayer d'être assez claire. Il y a l'externalisation des effets de l'abus et il y a honorer les résistances.
Dans un premier temps, je vais parler d'externalisation réaliser les effets de l'abus. Par exemple, quand quelque chose que j'ai souvent rencontré chez les femmes qui ont vécu l'abus pendant l'enfance, c'est un sentiment d'estime de soi, de l'auto-récrimination, un juge intérieur qui est extrêmement dur extrêmement cruel et même humiliant. Parfois, je parle de la voie de l'abus ou de la voie de la honte, parce qu'au fond, c'est la honte qu'on porte, parfois, avec une expérience comme ça.
Ce qui est intéressant, on a tous un juge intérieur. Mais, différent, c'est quand ce juge Le juge intérieur est particulièrement méprisant et particulièrement dur. Ça, c'est un effet de l'abus. Donc, c'est externalisé. En pratique narrative, la personne n'est jamais le problème. Le problème est le problème. Donc, externaliser dans le cas du juge intérieur, c'est qu'on va traiter ce juge intérieur comme si c'était une entité séparée. On va même le nommer avec un nom qui est proche de l'expérience que fait la personne de cette voix. Et on va pouvoir gérer la relation que la personne a avec cette voix. Parfois, vous savez, on se dit... On se parle de façon plus durement que ce qu'on permettrait à quiconque qui nous adresse la parole. Donc, une fois qu'on a externalisé, qu'on a exploré les stratégies de ce juge intérieur, quand est-ce qu'il apparaît, comment il s'exprime dans quelle situation, on va avoir un regard journalistique pour explorer les effets de l'abus. Et ça, ça a un double effet. Ça, déjà, déjà l'effet de mettre à distance les effets du problème. Et deuxième effet, c'est un effet de connecter les personnes avec leurs compétences. Elles se sentaient peut-être impuissante face à ce problème et elles se dit: Finalement, j'ai plein de compétences, j'ai plein de connaissances par rapport à ce problème.
Donc, quelque part, on se sent moins nulle face au problème. L'idée de l'externalisation aussi, c'est de se positionner face à cette voix. Qu'est-ce que je vais lui permettre ou pas, dorénavant ? Quelles sont les limites ? Qu'est-ce que je garde de positif ? Parce que finalement, même la honte, elle a une... Je dis « même » parce que c'est une émotion très forte. Même la honte, elle a une intention positive. Moi, j'aime bien parler des émotions. Elles sont positives. Parfois, on parle d'émotion négative et d'émotion positive. Non, pour moi, toutes les émotions sont positives parce qu'elles nous préviennent d'un danger.
Donc, Le problème, parfois, il a des intentions positives.
Le juge intérieur, il a des intentions positives, c'est nous protéger. Dans le cas de la honte, c'est: il nous protège, Il nous protège de l'exclusion sociale. Je considère que je ne suis pas adéquat par rapport à une norme sociale et donc je m'isole ou je cache des choses pour ne pas être exclu. C'est ça l'intention positive. Mais le problème, c'est que si la honte envahit toutes les sphères de ma vie, justement, je commence à m'isoler, m'isoler. Et donc, c'est le but de l'externalisation, c'est le mettre à distance et utiliser les compétences de la personne comme levier de dire: À partir de maintenant, quelle est la relation que je veux avoir avec cette voix, avec ce juge intérieur ? Quelles sont les choses que je lui permets ? Quelles sont les limites que je lui mets ? Voilà une des pistes qu'on peut utiliser et Et remarquez qu'on ne parle pas du tout ni de l'abus, ni de ce qui s'est passé, simplement d'un effet qui est cette voix auto-récriminante, cette basse estime de soi. La deuxième piste, c'est d'honorer les résistances. Les résistances, c'est un sujet qui, moi, me tient beaucoup, beaucoup à cœur dans les pratiques narratives.
Qu'est-ce que c'est ?
Ce sont tous les actes que nous avons mis en place pour survivre, pour faire que les problèmes, les traumatismes soient moindres dans notre vie.
Il ne faut pas confondre avec les résistances dans le sens où l'on entend, par exemple, des résistances au changement ou des résistances à avoir la vérité en face. Ce n'est pas dans ce sens. Ce n'est pas dans le sens : Je résiste parce que je n'accepte pas quelque chose. C'est Je résiste parce que je ne vais pas laisser faire le problème dans ma vie. Je ne vais pas le laisser tout dominer dans ma vie. Je vais défendre des choses qui sont précieuses pour moi. Michael White disait que c'était des demi-souvenirs. Pourquoi ? Parce que parfois, ce sont même des actes qu'on n'a pas remarqués. Ce sont des histoires qui ne sont pas historisées, on va dire. Souvent, quand les problèmes prennent beaucoup de place, les personnes se sentent impuissantes. Et un le principe des pratiques narratives est que personne n'est impuissant. Tout le monde met des choses en place face à l'adversité. On fait toujours quelque chose pour aller mieux. Donc, Parfois, quand le problème prend beaucoup de place, on a ce sentiment d'impuissance. Et peut-être les gens disent : Non, je n'ai rien fait. Mais quand on creuse, quand on a un regard d'enquêteur, de journalisme d'enquête, on se rend compte que oui, la personne a fait des choses.
Elle a mis des choses en place pour éviter d'être trop absorbée, trop envahie ou submergée par le trauma. Pourquoi ce n'est pas historisé ? Parce que souvent, ce sont des petits actes. Il n'y a pas besoin que ce soient des actes héroïques, ce sont des petits actes. Parfois, ce n'est pas historisé parce que justement, ils n'ont pas eu, on va dire, un gros effet. On n'a pas réussi à arrêter été l'adversité ou le problème ou l'abus. Donc, on va dire que parfois, ce sont des actes qui ont été inefficaces. Et pourtant, ils en disent long sur notre identité, sur ce qui est précieux pour nous, pour ce qu'on essaye de protéger face à un problème.
Je vais vous donner deux exemples. L'autre jour, il y avait une survivante qui me disait : J'adore un trait de personnalité, on va dire un talent que j'ai. C'est la pensée en arborescence. La pensée en arborescence, je suis quelqu'un de très créatif et ma pensée part dans tous les sens. Donc, j'ai beaucoup d'idées. À un moment, elle me dit : Je viens de réaliser que à la suite de l'abus, quand j'avais des flashbacks ou des pensées négatives, je pouvais tout simplement, comme une forme de dissociation, partir sur autre chose et avoir plusieurs pensées à la fois.
J'ai trouvé ça super touchant parce qu'elle me dit : Je sais maintenant d'où ça vient. C'était une résistance pour pouvoir faire face aux flashbacks, aux idées noires qui étaient un effet de l'abus. Parfois, ça peut être des actes en pensée. Je vais vous donner un exemple. Je me rappelle que je priais. Je priais pour que cette personne ne vienne pas à la maison. Donc, on peut se dire : C'est un acte inefficace, quoique. Mais en tout cas, ça parle de moi. À un moment, je me rappelle que cette personne a menacé aussi d'aller embêter ma sœur et que je me rappelle avoir été d'une agressivité. Je ne sais pas d'où j'ai trouvé des forces et j'ai mis des limites. Je voulais protéger quelqu'un qui m'ait qui est très, très chère, qui est ma petite sœur. Donc, on met toujours des choses en place pour aller mieux. Même le déni. Beaucoup de personnes qui ont été confrontées à l'épreuve de l'abus pendant l'enfance ont une forme de déni en disant : Non, ça ne m'a pas affecté du tout. Et bravo, parce que le déni, parfois, il n'est pas très valorisé dans nos cultures. Je sais que moi aussi, j'ai beaucoup eu de dénis à une époque de ma vie, mais en tout cas, le déni, ça nous permet de continuer, ça nous permet de compartimentaliser, ça nous permet de continuer à vivre.
Donc, le déni aussi, c'est une cette forme de résistance. Et honorer ces actes de résistance est super important parce qu'on reconnecte la personne à sa richesse identitaire, à ses valeurs incarnées, à ses intentions relationnelles, ces intentions aux valeurs qu'on veut vivre dans la vie, qu'on veut incarner dans la vie. Michael White disait : Ce sont des demi-souvenirs. C'est une question de justice sociale qui qu'ils deviennent des souvenirs à part entière. Donc, si vous m'entendez et si vous avez vécu une épreuve difficile, peut-être l'abus sexuel pendant l'enfance, posez-vous cette question : Qu'est-ce que j'ai mis en place ? Qu'est-ce que j'ai mis en place pour que cette épreuve ne prenne pas toute la place, pour aller mieux ou pour continuer à vivre d'une de façon fluide ?
Parfois, il y a des clients qui me disent : Je ne sais pas, je ne vois pas. Face à ce problème, je suis vraiment impuissant. Et parfois, ma réaction c'est de leur dire : Vous êtes ici. Vous avez pris rendez-vous avec moi. La preuve que vous n'êtes pas impuissant, c'est un acte de résistance face au problème. Donc, les résistances sont un fort d'un formidable levier de reconnexion à sa richesse identitaire.
Ce sont des conversations narratives qui font du bien parce qu'elles rendent de la dignité et le savoir et le pouvoir à la personne. Ce n'est pas de la thérapie, mais ce sont des conversations qui ont des effets thérapeutiques. Ça, c'est une phrase de Pierre Blanc-Sahnoun, qui est un de mes chers mentors. C'est très vrai, c'est-à-dire qu'il y a plein de choses dans la vie qui ont des effets thérapeutiques. Pensez à des choses qui n'ont rien à voir avec des conversations comme le sport, comme le tricot. Je lisais ce matin une étude sur le tricot, les effets thérapeutiques, une première étude sur le cerveau.
Il y a des conversations qui honorent. On est, en tant qu'accompagnant dans une place où on a la possibilité d'honorer la richesse identitaire de la personne. Ça, ça a un effet énorme et ça sert le pouvoir de la personne et les C'est l'objectif de coaching aussi, qui étaient peut-être éloignés du sujet que la personne a amené. Bien sûr, ce sont des conversations qui, aucunement, ne remplacent un accompagnement thérapeutique. L'idée, c'est qu'on puisse aussi avoir des moyens d'accueillir la personne dans ce qu'elle a envie de nous raconter. Il me semblait important de donner quelques pistes.
Récemment, l'année dernière, on a eu la chance d'avoir Ncazelo Ncube en France qui est une psychologue sud-africaine qui a inventé l'arbre de vie avec David Denborough. On a eu la chance de l'avoir en France. Pour moi, ça a été la chance aussi de découvrir une de ses méthodologies qui est la méthodologie COURRAGE. C'est une méthodologie qu'elle a mis en place pour accompagner des femmes qui, à l'origine, dans le moment où elle l'a créé, c'était pour accompagner des femmes qui étaient soumises à de la pauvreté, à des violences conjugales aussi. C'est une méthodologie qui honore le courage des femmes qui ont survécu à la violence.
Je suis super, super fière parce que je me suis formée avec Ncazelo Ncube, je suis supervisée par elle et je lance mes ateliers COURRAGE. Dans un premier temps, je vais les lancer sur la problématique des femmes qui ont vécu l'abus sexuel pendant l'enfance et qui se sont reconstruits un quotidien, une vie, une résilience. Elles ont construit leur chemin et qui pourtant aimeraient avoir un espace de parole. Alors, pas pour parler de l'abus. C'est une méthodologie où on accueille ce qui arrive, mais on n'obligera jamais, on ne posera jamais des questions sur ce qui s'est passé.
On posera plutôt des questions sur la richesse identitaire. COURRAGE, c'est un acronyme de plusieurs étapes de la méthodologie. Ce que je peux vous dire, c'est que ça s'articule on circule déjà autour de la célébration du courage. Est-ce qu'on s'arrête souvent à célébrer le courage des personnes qui ont traversé un type d'adversité ? Ça, c'est une des étapes. C'est aussi l'occasion d'honorer les résistances, les compétences qui ont aidé à survivre. J'en ai parlé lors de cet épisode, mais là, on va aller creuser ces compétences Ces compétences aussi ont une histoire. Comment elles sont rentrées dans notre vie, souvent à travers la famille, la transmission, peut-être à travers des traditions culturelles aussi. Donc, retracer l'histoire de ces compétences, c'est très puissant parce que ça nous sort de l'isolement, ça nous relie d'une certaine façon à une communauté. Il y a aussi une partie de la méthodologie, c'est de déconstruire les discours dominants. Vous savez, les problèmes sont souvent socialement construits. Et par exemple, l'abus sexuel des enfants et dans une grande mesure aussi des petites filles, il y a un enracinement assez profond dans certains discours dominants du patriarcat. Donc, c'est intéressant aussi de déconstruire découvrir et de comprendre que ce qui est arrivé à ces jeunes filles n'est pas par hasard, c'est aussi parce qu'il y a un appareil social qui, à travers les discours dominants, a permis que ça, ça puisse arriver.
Donc, ça, c'est quelque chose de très puissant. La déconstruction, c'est quelque chose que j'aime beaucoup dans les pratiques narratives. Donc, on comprend les problèmes dans leur dimension sociale. Et puis, se projeter aussi dans le futur. C'est-à-dire qu'on a été capable de survivre à l'abus, on est capable de survivre à beaucoup de choses. Comment on peut se projeter dans le futur avec ce super pouvoir de résilience ? Et qu'est-ce qu'on a envie de faire aussi ? Je suis très d'annoncer ça ici, le lancement, à ma connaissance, des premiers ateliers Courage en France. Une méthodologie qui a été reprise dans beaucoup de pays et qui est déjà, même si elle est récente, je crois qu'elle a une quinzaine d'années, qui est déjà une méthodologie prestigieuse et avec des résultats très concluants. La date de lancement des ateliers Courage férié est le 17 septembre. Et pour tout vous dire, il y a quelque chose que j'aimerais partager ici avec vous. C'est une date qui est symbolique pour moi parce que le 17 septembre, alors que j'avais 13 ans, ça a été le moment d'une conversation téléphonique difficile avec mon bourreau où j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai affronté et j'ai mis des limites.
J'ai menacé de le dénoncer et il a pris peur. Et puis, il ne m'a plus jamais embêté. Donc, c'est pour moi une date symbolique importante pour moi et pour tous les actes de courage des femmes qui ont passé ce genre d'épreuve. Donc, voilà, je pense, ce sera une une méthodologie des ateliers en petits groupes. Je vais lancer un atelier présentiel et un atelier distanciel. Allez sur mon site pour voir un petit peu plus de détails sur la méthodologie. Il s'agit de dix séances qui sont espacées de deux, trois semaines à peu près, entre les séances avec un petit groupe et j'ai un tarif préférentiel de lancement. L'idée étant de faire connaître cette méthodologie qui est nouvelle en France. Ce que je voulais souligner par rapport aux méthodologies et aux techniques des pratiques narratives, c'est avant tout que quoi que vous fassiez, c'est votre regard qui a un impact chez l'autre. Julien Betbèze, avec qui je me suis formée, est quelqu'un qui que j'admire beaucoup, dit quelque chose qui m'a touché, c'est : Votre rôle, c'est d'avoir, c'est d'être les témoins extérieurs des personnes que vous accompagnez. C'est quand la personne se regarde dans le miroir de vos yeux avec un regard de respect qui rend la dignité, un regard qui est fasciné par leur vie et leur richesse identitaire.
Si la personne peut, dans le cadre de votre accompagnement, faire l'expérience de l'autonomie relationnelle, c'est-à-dire qu'elle peut faire l'expérience d'incarner sa singularité et que sa singularité enrichit votre vie, alors là, vous aurez fait un bon boulot. Je trouve ça super touchant parce qu'on ne peut pas C'est mon expérience aussi dans l'accompagnement et même avant d'être coach, le regard que vous posez vers quelqu'un, sur quelqu'un, a un énorme effet de comment la personne se voit. C'est le principe des pratiques narratives. Nous sommes socialement construits par les histoires et le regard qu'on porte, il est déjà, il véhicule déjà une histoire. Donc, travaillons ce regard d'amour, comme dirait Dina Scherrer, dans les accompagnements et dans l'accueil qu'on fait aux personnes. Je vous remercie beaucoup. J'ai été ravie de reprendre ces épisodes. Sur la liste et pour la rentrée, on a des épisodes super intéressants avec des invités super comme Laure Maurin, comme Elizabeth Feld. Je ne dévoile pas trop le suspense, mais en tout cas, je vous invite à passer un très, très, très, très bel été et on se retrouve très bientôt. À la prochaine. Un dernier mot pour vous Rappelez que vous pouvez nous suivre sur Instagram, sur la page du podcast.
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[1] Bailey, C.-A. & Taylor, J. (2022). "I needed to know that I wasn't crazy": Exploring the experiences of women who sought support for their mental health after rape or abuse. VictimFocus, UK. Email : research@victimfocus.org.uk




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